Un parent pauvre de l’iris

Quand le temps est aussi pluvieux que celui de ce printemps 2024, on apprécie particulièrement une plante qui se maintient toute droite, ne s'écroule pas, ne pourrit pas et ne se fait pas manger par les limaces. Ce héros du mauvais temps est le Sisyrinchium, dont le seul défaut est le nom compliqué. De loin, la forme linéaire des feuilles et leur couleur gris vert pourrait faire penser à des iris. De fait le sisyrinque est une iridacée, proche cousin de l’iris mais très différent quand même.

Le genre est originaire du Nouveau Monde, Amérique du Nord et du Sud. La première espèce décrite par Linné au milieu du 18ème était Sisyrinchium bermudiana, à fleur bleue. On trouve parfois le nom commun de bermudienne.

L’espèce de loin la plus plantée dans les jardins est Sisyrinchium striatum (striée). Elle est invariablement jaune pâle. Les pétales, au nombre de 6, sont effectivement marquées de fines striures violacées, surtout visibles en début de floraison. Les petites fleurs, très nombreuses, sont groupées en verticilles ou étages, sur des épis d’une soixantaine de centimètres de long. Toutes les fleurs n’éclosent pas en une fois, ce qui étire la floraison sur au moins un mois à partir de mi-mai. Quand la floraison est à son pic, la masse de fleurs est impressionnante!

Même si elle résiste aux trombes d’eau, cette vivace est avant tout une plante de soleil, supportant les sols pauvres et même la sécheresse. Elle résiste jusqu’à -10°C. Je l’ai plantée ici en compagnie de Choisya ternata ‘Goldfinger’ pour un effet ‘coup de soleil’.

Le ton de jaune étant très doux, on peut créer des associations harmonieuses avec des bleus ou des mauves: géraniums bleus ou violets, Erysimum ‘Bowles Mauve’ ou scabieuses par exemple.

Les qualités de cette vivace qui forme de belles touffes, ne nécessite pas d’entretien et couvre bien l’espace commencent à être exploitées dans les plantations publiques. Ici, à front de rue, le voisinage avec des Phlomis, autre valeur sûre, offre un contraste de textures intéressant.

Un des grands mérites, si on compare le sisyrinque à l’iris, est que la plante reste belle après la floraison. Non seulement le feuillage reste en forme, mais les épis fanés deviennent verts, puis noirs. Ils restent décoratifs à l’arrière saison et sont très utiles dans les bouquets secs. Ces épis contiennent une quantité de graines noires, de la taille de grains de poivre. Il vont donner naissance à de très nombreux semis, parfois à des endroits inattendus. Quand on a un Sisyrinchium, on en a pour la vie!

Dans les catalogues, on décrit parfois cette iridacée comme une plante rhizomateuse. Pourtant, contrairement à l’iris, elle produit de vraies racines, longues et fines, ce qui lui permet de s’incruster entre des pavés ou sur un terrain rocailleux.

Si l’espèce striatum est de loin la plus courante et la plus accessible au jardinier amateur, il en existe d’autres reconnaissables à leurs fleurs à 6 pétales avec souvent un coeur plus sombre et leur feuillage linéaire, parfois très fin. S. rosulatum se trouve dans divers tons, dont ce bronze, et S. californicum fleurit jaune. S. bermudiana et S. angustifolium sont bleus et ont un feuillage très fin Les anglophones leur donnent le nom charmant de blue-eyed grasses: les herbes aux yeux bleus.

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