le grand voyage de Bougainville

Une maison blanche aux volets bleus, écrasée de soleil et noyée dans la masse d’un énorme bougainvillier; c’est le cliché même de la Grèce, du sud, des vacances…

Si elle suscite des envies de voyage, c’est tout naturel. Cette liane flamboyante nous est parvenue au terme d’un voyage extraordinaire: la circumnavigation du globe par Louis Antoine de Bougainville de 1766 à 1769. Bougainville avait fait ses armes et acquis une grande expérience en mer en participant à la guerre de Sept Ans qui opposa les français aux anglais au Canada et se solda par la perte de la colonie du Quebec en 1760.

En 1766, il obtint la permission de Louis XV d’entreprendre une expédition autour du monde qui aurait le mérite de restaurer l’honneur des français. Magellan avait réalisé l’exploit de circumnavigation bien avant lui, en 1519, mais ceci fut la première expédition scientifique. L’amiral embarqua sur ses deux vaisseaux, la Boudeuse et l’Etoile, ingénieurs, astronomes, cartographes, historiens, médecins, naturalistes et un botaniste de renom: Philibert Commerçon.

Naturaliste expérimenté, Commerçon fut recommandé par l’Académie des Sciences pour accompagner l'aventure. Il était toutefois de santé fragile et décida de se faire accompagner par son soi-disant valet, Jean Baret. En réalité, il s’agissait de Jeanne Baret, sa précieuse assistante et soignante qui, pour pouvoir s'embarquer, dut se déguiser en marin. Ce n'est qu'au bout de plusieurs mois, en arrivant à Tahiti, que la supercherie fut découverte. Jeanne fut donc probablement la première femme à faire le tour du monde. Botaniste compétente, c'est sans doute également à elle que nous devons la découverte du bougainvillier qu’elle aurait récolté lors d'une escale à Rio de Janeiro.

Cette liane spectaculaire est de fait originaire du Brésil, du Pérou et d’Argentine. Elle peut être d'une vigueur exceptionnelle, escaladant d’autres plantes jusqu'à une hauteur de 12 m, grâce à ses redoutables épines. Dans un climat tropical elle garde ses feuilles , d’un beau vert luisant, toute l'année. Chez nous, elle est plutôt caduque. Curieusement elle supporte aussi très bien la sécheresse mais craint avant tout le gel.

Ce qui fait le spectacle, ce sont les bractées vivement colorées, semblables à du papier de soie, qui entourent les petites fleurs blanches. Groupées par 3, elles sont si modestes sous leur jupon que beaucoup ignorent leur existence. Pourtant, les papillons les trouvent et aspirent le nectar au fond de ces tubes étroits.

Ce sont évidemment les bractées qui nous attirent et elles ont le grand mérite, contrairement aux fleurs délicates, de durer plusieurs mois. Bonus supplémentaire, le spectacle atteint son apogée en été, timing parfait pour colorer les maisons de vacances. On trouve aujourd’hui une belle gamme de couleurs au-delà du violet de base: rose, grenat, magenta, blanc, orange et or ainsi que toutes les nuances intermédiaires. Je ne parle même pas des cultivars doubles ou à feuilles variégées qui n’ont à mon sens pas grand intérêt. Il y a juste un moment moins joli quand en fin de saison ces bractées colorées virent au brun avant de tomber. Vous en ramasserez des pelletées.

La pépinière française www.tijardin.com est reconnue CCVS ( Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées) pour Bougainvillea et peut satisfaire vos envies les plus frivoles par Internet.

J’avoue avoir un faible pour le bougainvillier blanc, verdâtre en début de floraison. Cette plante unique qui cascade sur la ruine dans le sud de l’Italie émet des jets de 3 à 4 mètres chaque année, malgré que ses racines soient à l’étroit et qu’elle doive se contenter de l’eau du ciel.

Sous le soleil de la charmante île de Paxos, c’est plutôt le feu d’artifice! Un propriétaire a assorti sa façade à ses fleurs … ou l’inverse.

La liane forme donc de longues branches qu’il faudra dans un premier temps fixer solidement à un support, de préférence en les arquant à l’horizontale. Au bout d’un an ou deux, le bois vert va se lignifier et former une structure qui se supporte elle-même.

On peut dès lors tailler très sévèrement les bougainvilliers et les contraindre à former des haies ou un petit arbre, même si c’est contraire à leur nature de liane. Certains recourent à l’espèce Bougainvillea glabra, un peu plus petite que l’universel Bougainvillea spectabilis, pour faire des bonsaï.

Sans aller à cet extrême, de nouvelles variétés moins vigoureuses s’adaptent parfaitement à la culture en pot ou un trou de plantation réduit comme chez mes chères amies Gabriela et Monica. Cette dernière a fait venir de France le très subtil ‘Ada’s Joy’, un blush rose pâle.

La plantation en pots, rentrés au chaud avant les gelées, rend ces merveilles accessibles aux jardiniers de climats plus frais.

Le grand voyage de Louis Antoine de Bougainville a indéniablement mis de la couleur dans nos jardins méditerranéens. Le grand amiral de la marine a d’autres mérites. Tout d’abord, il ramena la quasi totalité de son équipage vivant au terme de la circumnavigation, un exploit pour l’époque. Il ramena aussi à la cour de Versailles un habitant de Tahiti, qui fit sensation et contribua au mythe du bon sauvage. Enfin, il publia son journal de bord sous le titre Le voyage autour du monde, un bestseller immédiat!

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