Les anemones, charmeuses de septembre

Quand la lumière de fin d’été devient rasante, rien n’est plus joli dans les parterres que les grandes envolées d’anémones du Japon. Elle s’associent merveilleusement aux premiers asters et aux derniers géraniums vivaces. Fort heureusement, cette vivace originaire du Japon, de l’Himalaya et de Chine, aime l’eau et sort indemne d’un été pourri. Ses tiges florales costaudes se maintiennent droites malgré les orages.

Ces anémones d’automne sont une addition relativement récente à notre jardins. Nous les devons au chasseur de plantes britannique Robert Fortune qui en ramena au pays au milieu du 19ème siècle. ‘Honorine Jobert’, un des premiers hybrides blancs, date de 1858. La bien nommée ‘September Charm’, mauve pâle, fut produite en 1932.

Peut-être vous direz-vous que ces plantes élancées sont bien différentes de nos petites anémones des bois sauvages. La génétique vous donne raison! Même si, dans le chaos de l’Internet vous trouverez encore le nom d’ Anemone japonica, notamment dans les catalogues des pépinières, vous ne le trouverez plus sur Wikipédia. Notre nouvel interlocuteur conversationnel qui a réponse à tout, explique que la plante a été retirée du genre Anemone vers 2018 et s’appelle dorénavant Eriocapitella.

Eriocapitella, voilà bien le misch masch gréco-latin typique de la nomenclature botanique; erio vient du grec erion et veut dire laine et capitella est une petite tête en latin. Le néologisme n’est pas mal trouvé car comme on le voit ci-dessus, le bouton floral forme une petite boule laineuse, mais surtout, les têtes vertes qui restent quand la fleur se fane vont sécher et relâcher des semences laineuses.

Le sanémones du Japon, pour continuer les appeler par leur nom commun, offrent une palette de tons limitée, du blanc au rose soutenu, avec des fleurs simples ou doubles. Toutes ont des étamines or bien voyantes couronnant une boule compacte d’une centaine de pistils. Outre les créations classiques, on notera le bel hybride fuchsia double ‘Serenade’, ‘Coupe d’Argent’ blanc pur ou ‘Little Summer Breeze’, rose teinté de blanc. ‘Königin Charlotte’, très double, rose pâle et un peu ébouriffé, est particulièrement charmant.

Outre la couleur, la hauteur sera déterminante dans votre choix; elle peut varier de 40 cm à plus de 120 cm.

Un des atouts majeurs de ce genre est sa période de floraison très étendue. La plupart des cultivars produisent leurs premières fleurs en juillet et les dernières peuvent vous enchanter fin octobre. Comme on peut le voir ici, la hampe florale porte de très nombreux boutons, tous à des stades de développement différents.

Même après les fleurs, les hampes surmontées des petites têtes vertes, puis brunes, restent attractives. Je les utilise dans les bouquets de fin de saison. En hiver, les araignées aiment y tisser leurs toiles qui captent les gouttes de rosée ou le givre.

Les anémones d’automne conviennent particulièrement pour des plantations de masse. Leur tendance naturelle est d’ailleurs de conquérir le terrain grâce à leurs rhizomes souterrains desquels partent les nouvelles plantules. Les plantes se faufillent à travers les autres occupants des parterres, un comportement apprécié par ceux qui recherchent un aspect naturaliste, mais qualifié d’invasif par les autres.

Le feuillage n’est pas le point fort des anémones. Discret au printemps, il est souvent déjà abîmé quand arrive l’automne. Une plantation à l’arrière des parterres résout ce problème.

De belles compositions automnales peuvent se concevoir dans les parterres de vivaces, entre le graminées, les Hylotelephium (ex-Sedum), les asters ou les sauges. On peut aussi les laisser combler les vides entre les arbustes, les Hydrangea par exemple.

Quelques petits pots, un sol frais au soleil ou à mi-ombre et vous êtes partis … pour la vie. Les anémones du Japon font partie de plantes qui survivent et prospèrent dans les jardins abandonnés.

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