Les agaves: des pieuvres au jardin
Vous vous souvenez de Vingt mille lieues sous les mers de Jules `Verne et du kraken, ce calamar aux tentacules géants qui engloutissait les bateaux? C’est à ce monstre légendaire que l’on pense quand on voit un bel exemplaire de l’agave américain, Agave americana. Le nom vient du grec agauos, qui veut dire magnifique. On peut les trouver plus monstrueux que magnifiques, mais les agaves comptent indéniablement parmi les plantes les plus sculpturales. Les sélections variégées sont particulièrement graphiques.
Ces plantes succulentes sont toutes originaires de régions semi-arides du sud des USA, du Mexique, du Guatemala, du Costa Rica et quelques espèces de Antilles. Leur feuilles coriaces et charnues, souvent munies de pointes acérées, leur permettent de résister à des conditions extrêmes et aux animaux brouteurs.
La floraison de l’agave est spectaculaire. Une tige épaisse émerge de la rosette basale et file en peu de temps jusqu’à 10 m de haut chez l’agave américain.
Hélas, l’effort nécessaire pour produire cette hampe florale démesurée signe l’arrêt de mort de la plante. Elle ne fleurit donc qu’une fois dans sa vie; on dit qu’elle est monocarpique (du grec monos, unique et karpos, le fruit).
Il faut cependant de nombreuses années avant d’arriver à ce feu d’artifice final, 10 à 25 ans en moyenne. En anglais, l’agave américain est appelé century plant selon la croyance qu’il vivrait cent ans.
L’énorme tige, gonflée de sève riche et sucrée, était récoltée traditionnellement par les populations autochtones. Si on n’interrompt pas le processus, d’innombrables fleurs très mellifères vont se former sur des embranchements latéraux et produire une grande quantité de graines. Tombant aux alentours, elles vont donner naissance à de jeunes plantes qui relancent le cycle.
Si Agave americana est en quelque sorte le porte-étendard du genre, il y a d’autres espèces magnifiques, souvent de dimensions plus gérables, qui peuvent vous donner envie de commencer une collection (à condition d’avoir le climat approprié). Agave salmiana ‘Ferox’, aux feuilles larges vert foncé et dangereusement armées, n’en fait pas partie. Le plante que l’on voit ici est encore jeune mais pourrait atteindre 3m en tous sens.
Outre ces plantes redoutables, il existe des agaves de collection aux dimensions nettement moins encombrantes. Leurs formes, leurs striures et leurs dards les rendent uniques et fascinants.
par exemple:
A. geminiflora aux feuilles fines munies de fils blancs
une belle sélection d’A. potatorum aux dards rouges
A. victoriae-reginae, l’agave de la reine Victoria dont les arêtes semblent avoir été peintes d’un liséré blanc à la main
A. ovatifolia ‘Frosty' Blue’, une sculpture d’argent
la petite étoile dorée de A. ‘Mediopicta’
A. salmiana dont la marge des feuilles est armée de dents redoutables
chez A. shawii les feuilles ovales sont joliment bordées de petites dents
Comme pour les cactus, la diversité est énorme car ils s’hybrident facilement. Les feuilles peuvent prendre de belles nuances bleutées ou être striées de jaune ou de blanc. Il est donc difficile de s’y retrouver vraiment et le critère principal à prendre en compte pour un achat est la taille finale de la plante. Certaines plantes poussent en solitaires alors que d’autres drageonnent et forment des ‘familles’ autour de la plante mère ce qui peut être souhaitable en pleine terre mais moins pour une plantation en pot. Pour le reste, on se laissera simplement séduire par ces oeuvres d’art vivants.
Si on n’a pas le climat ensoleillé et sec requis on peut envisager une culture en pot. Ici, au Château de Champ de Bataille en Normandie, où tout est grandiose mais démesuré, des agaves américains bleutés se marient à la couleur des ferronneries. Il faut être bien équipé pour rentrer ces géants dans leur abri d’hiver!
Les racines des grands agaves sont puissants et peuvents aisément faire éclater un pot. Il vaut mieux se replier sur des choix moins exubérants. Agave bracteosa est original avec ses feuilles retombantes en lanières. Victoriae-reginae finit par former une boule d’une régularité parfaite.
Leur résistance absolue à la sécheresse et leur impact visuel font que les agaves sont souvent utilisés dans les plantations publiques dans les pays chauds, dans du gravier ou du sable. Pour éviter de blesser le passants avec les redoutables dards terminaux on leur supprime généralement les feuilles basses. Ceci peut leur donner un semblant de petits palmiers mais sacrifie un peu leur beauté sauvage.
Par contraste, voici quelques spécimens qui ont pu déployer toute leur splendeur dans de grands espaces, au Portugal, dans le nord de l’Argentine et en Normandie.
Si nous connaissons les agaves comme plantes ornementales exotiques, il faut se rappeler que dans leurs régions d’origine, Mexique et alentours, on les cultive massivement comme utilitaires.
Il y a le sisal tout d’abord, une fibre naturelle obtenue en éliminant la partie pulpeuse de la feuille et en séchant les fibres intérieures. On l’utilise pour la fabrication de tapis à l’aspect soyeux et pour des cordages. L’espèce privilégiée pour cet usage s’appelle d’ailleurs A. sisalana.
Il est intéressant de regarder tout le processus sur Youtube https://www.youtube.com/watch?v=jT_JQHH6j9A
La sève très riche en sucres est elle aussi récoltée. Dans la nouvelle mouvance vegan on l’utilise comme substitut au miel.
La sève fermentée puis distillée du coeur de l’agave bleue, Agave tequilana ( du village de Tequila) au Mexique, permet la production de la fameuse tequila. D’autres espèces entrent dans la fabrication du mezcal et d’autres alcools régionaux.
C’est l’été, il fait chaud, et c’est l’heure d’une délicieuse margarita! Merci aux agaves!