L’arbre à papillons, béni ou maudit
Tout le monde connaît le dit ‘arbre à papillons’ avec ses branches arquées se terminant par de beaux panicules de petites fleurs mauves ou violettes. Un de ses mérites est de fleurir en plein été, au mois de juillet et d’août, à un moment où les fleurs de printemps sont terminées. En anglais on parle d'ailleurs souvent de lilas d’été.
Le nom scientifique de cet arbuste est Buddleia (ou Buddleja) davidii et là nous entrons dans les aventures de religieux.
Le nom de genre Buddleia honore un révérend britannique, Adam Buddle, qui se consacra avant tout à la botanique. Ce n’est pas lui qui découvrit notre arbuste mais il est connu pour avoir compilé une flore anglaise en 1708.
L’épithète armandii se réfère au célèbre missionnaire français Armand David, zoologue, botaniste et explorateur de la Chine dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Mandaté par le Jardin des Plantes à Paris, il fut à l’origine de nombreuses découvertes animales et végétales. Il aurait été le premier à faire mention de la plante.
C’est cependant un troisième prêtre, le missionnaire botaniste Jean-André Soulié, qui envoya les premières semences de Buddleia au semencier Vilmorin à Paris qui les commercialisa au début du 20ème siècle. Soulié, qui explora la Chine et le Tibet, connut un sort tragique, torturé et assassiné lors des révoltes anti-catholiques de 1905. Les espèces avec le qualificatif soulieana le commémorent.
Ce cadeau des missionnaires fut un cadeau empoisonné. Le Buddleia trouva en occident un terrain fertile, contrairement au catholicisme en Chine, devenant en peu d’années un envahisseur redoutable.
Supportant à merveille les sols dérangés, il devint un pionnier des talus de chemin de fer, des friches industrielles et même des toitures de bâtiments négligés. Il se ressème à tout va, surtout en zone urbaine, échappant totalement au contrôle de l’homme.
Voilà pourquoi on le déteste.
Avant de passer aux qualités de notre plante, je m’empresse de l’accabler encore en soulignant un autre défaut: la vilaine fanaison des fleurs. Les beaux panicules violets se transforment en queues brunes, chargées de semences justement.
On peut stimuler une nouvelle vague de fleurs en supprimant les fleurs fanées. Encore faut-il en avoir le temps…
Si nous ne résistons malgré tout pas à introduire l’arbre à papillons dans nos jardins, c’est bien sûr à cause des papillons. Par une chaude journée d’été, l’aura de parfum mielleux des fleurs attire des nuées de vulcains (photo), de paons-du-jour, et d’insectes divers.
Voici une petite mouche-abeille, Eristalis nemorum, classée parmi le syrphes. L’application Obsidentify est d’un grand secours pour identifier ces visiteurs.
Les panicules des buddleias sont constituées de centaines de petites fleurs tubulaires. Seuls les insectes avec une langue longue ou un proboscis (une sorte de trompe) comme en possèdent les lépidoptères, parviennent à aspirer le nectar comme avec une seringue. La couleur violette les attire et le centre orangé, qu’ils voient en noir, les dirige directement vers la cible.
Diverses associations écologistes sont très remontées contre les arbres à papillons. Une des raisons est que les chenilles ne peuvent pas se nourrir de leurs feuilles; l’arbuste attire donc les papillons mais ne peut pas soutenir tout leur cycle, contrairement aux plantes indigènes.
Pour fleurir son jardin en plein été, en plein soleil, même sur des sols secs, le buddleia est un allié précieux malgré tout. Les horticulteurs ont développé des cultivars stériles, résolvant le problème des semis incontrôlables. Certains ont un port plus compact et un feuillage plus fin comme ‘Nanho Blue’ et ‘Nanho Purple’ . Il en existe même à planter en pot.
Bien qu’ils craignent davantage le gel, les cultivars à feuilles grises et duveteuses sont particulièrement décoratifs en toute saison. ‘Silver Anniversary’, un arbuste compact à panicules courts couleur crème est un bon choix pour le régions chaudes. L’espèce Buddleia nivea, originaire du Yunnan, est tout à fait remarquable au printemps quand les jeunes pousses et même les tiges sont recouvertes de feutre blanc neige. Malgré leur forme inhabituelle, les panicules sont très attractifs aux insectes.
Tous les Buddleia ne sont pas originaires de Chine. L’étonnant Buddleia globosa, aux fleurs regroupées en petites boules jaunes, vient d’Amérique du sud. Il a été croisé avec B. davidii pour produire l’hybride B. x weyeriana avec de longs panicules jaunâtres. Il y a aussi de belles espèces africaines dont Buddleia salviifolia au feuillage très élégant.
Pour ce qui est de l’entretien, le principe est assez simple. L’arbuste produit ses fleurs au bout des rameaux de l’année. Pour garder une bonne forme, il convient de faire un taille vigoureuse au printemps, après tout risque de gel. Les nouvelles pousses peuvent monter de plus de 2m en un an pour les grandes variétés comme ‘Black Prince’.
La seule exception est Buddleia alternifolia ci-dessus, qui fleurit sur le bois de deux ans et forme une ravissante cascade de fleurs violettes. Le tailler serait compromettre la floraison.
Bouquet de plein été avec buddleias, pentemons, verveine de Buenos Aires et Eleagnus ‘Quicksilver’. Quand on aime les mauves…