Les sakura, célébration de l’éphémère

Sakura est le nom générique japonais pour les cerisiers à fleurs, vénérés au début du printemps, prétextes de fêtes et de réjouissances. Quand on parle cerisier du Japon chez nous, la plupart d’entre nous visualisent une explosion de grosses fleurs doubles, rose barbie, comme ce très bel exemplaire au Royal Golf club de Belgique. De nombreuses rues de Bruxelles en sont bordées, couvrant les voitures d’un manteau rose à la chute des pétales. Ce cultivar de cerisier, appelé ‘Kanzan’ ou plus précisément Prunus serrulata ‘Kanzan’, est sans doute le plus connu et le plus utilisé chez nous, mais il n’a rien de poétique. Dans son livre sur les arbres, la botaniste Jelena de Belder affirme qu’au Japon on trouve cette variété lourde et disgracieuse, et qu’elle y est peu plantée…

Partons donc à la découverte de quelques variétés plus raffinées qui pourront prospérer dans vos jardins. Ce ne sera qu’un petit aperçu car le choix est vaste (mais rarement proposé).

L’espèce Prunus serrulata est nommée pour le bord de ses feuilles en dents de scie (serrula est une scie en latin). On le voit clairement ici sur le très beau cultivar ‘Ukon’, un de mes favoris. Il associe les tonalités verdâtres, crème et rosé de ses grandes fleurs semi-doubles à un magnifique feuillage bronze au débourrage. L’arbre a un port en vase avec de longues branches que l’on peut cueillir pour des bouquets. Il forme un arbre qui dépasse les 8 mètres. La floraison intervient généralement début avril.

Dans les blancs, il existe l’équivalent de ‘Kanzan’ à fleurs très doubles, mais préférez-lui le magnifique Prunus serrulata ‘Tai Haku’, à très grandes fleurs blanc pur. Le jeune feuillage est bronze, mettant les fleurs en valeur. Prévoyez de la place; en peu d’années l’arbre devient aussi large que haut, atteignant 12 m en tous sens. S’il s’agit d’un exemplaire greffé sur tige, comme celui-ci dans mon jardin, on aura le plaisir de passer en-dessous.

Prunus serrulata ‘Tayoma’ montre les mêmes caractéristiques de branches assez épaisses avec des bouquets de nombreuses fleurs au bout des branches, dans une autre gamme de couleurs. Vous pouvez constater la différence de port entre les deux cultivars (‘Ukon’ à l’arrière plan). Ici ce sont des plantes greffées sur tige basse, ce qui donne un aspect très différent à l’arbre. Notez qu’il existe aussi des formes pleureuses, très décoratives mais qui deviennent très larges.

Enfin, ne confondez pas Prunus serrulata et Prunus serrula. Ce dernier forme un bel arbre mais n’a pas une floraison exceptionelle. En revanche, il est prisé pour son écorce acajou et une magnifique coloration d’automne.

Si les cerisiers à fleurs sont vénérés au Japon, ils sont arrivés assez récemment dans les jardins européens. Nous devons leur connaissance et de très belles sélections à un botaniste anglais, le capitaine Collingwood Ingram, propriétaire du jardin de Beneden. Cet homme érudit, né en 1880 (et mort en 1981!) fit un voyage de collecte de plantes au Japon dès 1926 et s’enthousiasma pour les nombreuses espèces de cerisiers sauvages qu’il y trouva dans les montagnes. Il est l’auteur d’une monographie qui fait référence en la matière et qui aborde aussi l’histoire, la littérature et l’art autour du cerisier. Sa passion lui valut le surnom de ‘Cherry’ Ingram.

Le capitaine Collingwood Ingram ramena de nombreuses boutures et semences du Japon et réalisa des croisements intéressants, dont Prunus ‘Kursar’ à fleurs simples rose vif. La rencontre entre ‘Cherry’ Ingram et le couple Jelena et Robert De Belder en 1955 fut fulgurante. Les botanistes belges, déjà passionnés par le Japon, furent aussitôt contaminés par son virus des cerisiers. Ils échangèrent semences et semis. De nombreuses belles nouveautés naquirent dans leur jardin à Kalmthout. Ils invitèrent leur ami à choisir une sélection pour le nommer en son honneur. Collingwood Ingram choisit le spécimen à fleurs les plus foncées. On pourrait le confondre avec un pommier ornemental. Ce cerisier, d’un rose vraiment soutenu, se distingue par un port très étroit, qui pourrait convenir comme arbre de rue. Ce spécimen de mon jardin a près de 20 ans.

Pour une ambiance plus proche du charme du cerisier sauvage japonais, on choisira plutôt des sélections de Prunus incisa, le cerisier du Mont Fuji, à petites fleurs, à feuilles incisées et à branches fines. Le charmant Prunus incisa ‘Oshidori’, à petites fleurs rose pâle, fleurit dans la rocaille dès février.

Ces cerisiers à floraison légère sont d’un raffinement exquis et présentent des différences subtiles.

Si la floraison de chaque individu est courte, en ayant des espèces différentes on profitera de floraisons étalées sur plusieurs mois. Prunus subhirtella ‘Autumnalis’ fleurit dès novembre. Parfois, même les cerisiers qui fleurissent au printemps peuvent être surpris par une dernière chute de neige.

Je reviens sur un de mes leitmotiv: privilégiez les sélection à fleurs simples et vous aurez le plaisir supplémentaire d’entendre tout votre arbre bourdonner.

Le choix est vaste et chaque plante a ses mérites. Il convient de s’adresser à une pépinière spécialisée et, si possible, de voir l’arbre en fleur avant de faire son choix. ‘The Bride’, un petit arbre régulier à fleurs rose pâle au coeur sombre, est un bon choix relativement courant.

Les propriétaires de jardins plus exigus peuvent trouver leur bonheur avec quelques sélections de petite taille, dont l’adorable Prunus incisa ‘Kojo-no-mai’. Ses branches fines et tortueuses en font un arbuste élégant, même dépouillé. Il est très décoratif en vase.

La vie est courte mais belle. Cette brièveté de la vie est un thème bouddhique récurrent. La chute des pétales est un moment nostalgique mais de grande beauté (à ne pas gâcher en passant la tondeuse…). Les japonais voient dans ces pétales qui tombent les âmes des courageux samouraï.

Heureusement, le sakura en fleur est surtout symbole de renouveau et d’optimisme.

Le peintre et penseur chinois Lao Shu écrit chaque jour un poème et l’illustre d’un aquarelle. Voici une page du recueil ‘Un Monde simple et tranquille’.

Une invitation à la méditation.

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