Les viornes, servies sur des plateaux
Quand l’aubépine et le sureau commencent à fleurir dans les haies et en lisière de bois, ils ont un compagnon un peu moins courant: la viorne aubier. Elle apprécie ces ambiances de mi-ombre et des sols frais ou humides.
Ce bel arbuste est indigène dans l’hémisphère nord. On le reconnaît aisément à ses ombelles plates, composées de minuscules fleurs fertiles, entourées de fleurs stériles blanches plus grandes, à la manière des hydrangeas. Les feuilles sont palmées. En français on parle de la viorne obier ou aubier, comme la partie d’un tronc d’arbre entre l’écorce et le coeur, où circule la sève. En latin c’est Viburnum opulus.
A l’automne, le feuillage prend des teintes rouges et les fleurs ont produit des grappes de fruits rouges. Ces fruits peuvent se consommer cuits mais n’offrent pas d’intérêt culinaire. En revanche, l’écorce est très utilisée en phytothérapie. L’obier joue surtout un rôle écologique important, offrant un sanctuaire à de nombreux insectes qui à leur tour nourrissent les oiseaux. Pensez à l’inclure dans les haies mélangées!
Un insecte spécifique, la chrysomèle de la viorne, a malheuresement la capacité de réduire les feuilles en dentelle. Elle pond ses oeufs sous les feuilles et ses larves sont voraces. Tailler la plante est la solution la plus écologique.
Une forme particulière de cette viorne connaît un immense succès dans les jardins et surtout chez les fleuristes: la ‘boule de neige’. On l’appelle Viburnum opulus ‘Roseum’ bien qu’elle n’aie pas le moindre soupçon de rose. On la trouve aussi sous le nom de ‘Sterile’ et effectivement, la boule n’est composée que de fleurs stériles, déjà très belles quand elles sont vertes avant de virer progressivement au blanc pur. Etant stériles, il n’y aura malheureusement pas de fruits
L’arbuste, qui est assez laxe, peut atteindre 4 m et supporte bien que l’on cueille de belles branches ou que l’on taille après la floraison. Il existe une sélection ‘Compactum’ pour les espaces réduits.
Une deuxième espèce à faire sensation dans le jardin de mai est la viorne ‘à plateaux’ . Elle présente joliment ses corymbes sur les branches qui poussent quasiment à l’horizontale, ajoutant des étages au fil des ans. Elle s’appelle Viburnum plicatum pour l’aspect plissé de ses feuilles, très différentes des opulus. On parle aussi de viorne de Chine.
Il y a plusieurs beaux cultivars, dont ‘Mariesii’ est un des plus anciens et qui a le meilleur port étagé. Il devient plus large que haut (3 x 2 m) et a besoin de place pour être mis en valeur. Vu qu’il supporte le soleil il peut se planter en isolé. ‘Watanabe’ devient également très grand mais il y a une nouveauté pour les petits jardins, voire même les pots: ‘Kilimandjaro’ qui est censé ne pas dépasser le mètre en largeur.
Les Viburnum plicatum fleurissent longtemps en mai et juin mais ont également une très bonne coloration des feuilles en automne. De petits fruits rouge-brun font suite à la floraison et même dégarni en hiver, l’arbuste reste élégant de par sa structure étagée.
Bien que la vaste majorité des viornes à port étagés soient blancs, Viburnum plicatum ‘Pink Beauty’ fait l’exception avec ses fleurs stériles roses. Rose framboise au départ, elles pâlissent au fil des semaines.
Comme pour les Viburnum opulus, certains Viburnum plicatum présentent des fleurs en pompons, sans fleurs fertiles. L’arbuste est un peu alourdi mais l’évolution de la couleur des tépales, étendue sur plusieurs semaines, est remarquable. Véritablement vertes au départ, ces boules peuvent se teinter de rose avant de terminer blanches. ‘Rosace’ et ‘Thunberg’s Original’ subissent cette métamorphose. ‘Popcorn’ est une nouveauté blanc pur.
Viburnum sargentii ‘Onondaga’ est un grand arbuste de premier choix pour tout parc ou jardin. Assez similaire par son port et ses fleurs à notre aubier européen, cette viorne asiatique se reconnaît parmi tous à ses fleurs fertiles rose foncé et à son feuillage qui démarre bronze. Il devient pourpre foncé en fin de saison.
Si la ressemblance avec les hydrangeas vous frappe, ce Viburnum macrocephalum (à grosse tête) ressemble à s’y méprendre à un Hydrangea paniculata, si ce n’est pour sa petite feuille ovale. Il y a aussi des versions ‘boule’ de cette espèce.
Il est toujours étonnant de voir comment la nature a pu produire des solutions similaires dans des genres différents. Très complémentaires, les viornes répertoriées ici couvrent la période d’avril à juin, tandis que les hydrangeas prennent la relève de juillet à octobre ‘avec exceptions plus précoces).
Le genre Viburnum est vaste et je me suis limitée à certaines espèces phare du mois de mai. Plusieurs fleurissent plus tôt, voir en hiver et peuvent être très parfumées, ce qui n’est pas le cas des essences ci-dessus. Il y a aussi de belles viornes persistantes, notamment l’excellent Viburnum tinus méditerranéen.
En mai, quand les azalées et les rhododendrons remplissent le jardin de couleurs vives, parfois criardes, ces buisson blancs calment le jeu.